samedi 4 août 2007

Odessa

04.08.07.


Descendons du train, et tentons, au guichet, de prendre nos billets pour Prague.

Nous nous heurtons aux guichetières exclusivement russophones.

Un odessien passe par là, qui parle quelques mots de français, essaie de nous aider, d'après ce qu'il a compris de ce que nous disons, de trouver un camping.

Malgré toute la bonne volonté du monde, il a compris autre chose : il cherche les dortoirs de la gare.

Il essaie ensuite de nous aider à prendre nos billets pour Prague, nous apprenons qu'il nous faut revenir demain matin, le guichet international est fermé.

Prêts à aller planter notre tente, nous composons un numéro de camping noté à Kiev, pas de réponse, pas d'adresse.

Notre ami s'en va, « Au revoir mon ami. ».

Un jeune ukrainien prend la relève, il parle anglais, se rappelle avoir vu un camping, un voyageur et sa blonde lui rafraîchissent la mémoire, il nous conduit à l'arrête de bus.

Vingt minutes plus tard, nous arrivons à Luzanovka Beach, au Nord de la ville, la nuit est tombée.

L'endroit n'est toutefois pas sombre, plutôt animé, une permanente fête foraine, attractions, stands de kebabs, de bière, clubs, restaurants, et non loin, pas tout à fait au bord de l'eau, mais presque, le Dolphin Camping.

Nous plantons notre tente sous quelques arbres, en à peine dix minutes (de nuit !), et partons vers les lumières, sur le sable, nous mettre quelque chose sous la dent.

Un stand de kebab, il n'y a que ça ici et tant mieux, tenu par des arméniens (très présents à Odessa), francophones ; ils nous parlent de Renault, nous montrant leur Kangoo, d'Aznavour à qui il nous demandent de dire, quand nous le croiserons dans la rue à Paris : « Salut Aznavour ! ».

Nous allons manger nos kebabs sur la plage, les pieds dans l'eau fraîche de la Mer Noire.


Les russes en vacances à Odessa, et les ukrainiens, vont de discothèque en discothèque, en stand de kebab, de bière, entre deux gerbes sur la plage, tirent à la carabine ou s'envoient en l'air dans les attractions vomitives.

L'ambiance est festive, détendue, nous retournons nous coucher, bercés par le bruit des cigales, des chiens, et du tramway qui passe à coté.


05.08.07. Day off


Nous nous réveillons, un peu fatigués, il est 9h, et partons en bus 242, à la gare.

Il y a deux trains par semaine pour Prague, nous prenons celui du 7, après demain.

Passons une bonne heure à trouver de quoi payer les 200euros requis et repartons enfin avec nos billets, départ le 7 à 17h.


Nous retournons à la plage, et entamons une après midi farniente.

Les plages à Odessa sont particulières.

Ce n'est pas la plage en elle-même qui est particulière, la baie d'Odessa est au Nord Ouest, plutôt pas construite, rocailleuse, au Sud se trouve la ville, le port et la centre historique.

Nous sommes à Luzanovka, grande plage de la baie, un gros sable gris-blanc sépare le parc de la mer.


La plage, bondée, colorée, large de quelques dizaines de mètres, bordée de restaurants, clubs, stands, et autres attractions.

Sur la plage, les russes en vacances et les ukrainiens, comme partout ailleurs, se laissent aller, peut-être ici plus qu'ailleurs.

Les ukrainiennes et les russes peuvent être fort jolies, qui marchent sur la plage, la poitrine gonflée par le désir de vivre ; à coté, et en nombre, les femmes très fortes n'hésitent pas à prendre, elles-aussi, le soleil en bikini ; cette joie de vivre, cette simplicité est palpable, l'ambiance est détendue, les bains de mer ne sont pas accompagnés, comme chez nous, de regards en coins, de l'obligation de paraître, de maillots de bain fashion, de complexes et autres joyeux codes sociaux.

Femmes et hommes bronzent, bières à la main, de 8h à pas d'heure, la mousse coule à flots, les enfants courent, jouent et crient, et le chaud mais pas trop soleil méditerranéen, dore les chairs alcoolisées, collées les unes aux autres.

La plage est petite, certes, mais quand ils ont le choix, les gens préfèrent étendre leur serviette bariolée et planter leur parasol entre les cuisses du voisin.

L'eau est bonne, et la journée s'écoule lentement, au son de la techno russe que crachent les clubs à l'autre bout de notre plage, du bruit des bagues, et des rires francs des estivants.


Le soleil se couche et les plagiers migrent, ils vont se changer ou s'attabler, puis erreront de club vide en boite vide, de bière immonde en bière immonde, et de kebab en kebab.

Sur la plage la nuit est tombée, avec elle la musique devient assourdissante et, jonchée des détritus de la journée, elle vibre au son de la techno du soir.

Nous dînons sur la plage et partons rejoindre notre Dolphin Camping, nous couchons à la lumière de la bougie.


06.08.07.


Réveillés au matin par la chaleur torride qui règne de la tente, nous partons sur la plage achever notre réveil avec le soleil, les vagues, notre nutella et nos camarades vacanciers.

Partons ensuite pour le centre.


Odessa est une ville chargée d'histoire, comptait parmi les quatre ports européens les plus importants, combattit les turcs, anglais, français, et autres envieux, et finit par tomber aux mains des soviétiques.

Fondée à la fin du XVIIIème siècle par le Duc de Richelieu, la ville fut la cinquième ville la plus importante de Russie au XIXème.

Aujourd'hui la ville et ses ports accueillent de nombreuses industries, textiles, agro-alimentaire, et ses industries pétrolières et chimiques sont connectées avec les oléoducs qui approvisionnent l'Europe en énergies russes, donnant travail et prospérité à ses 1.100.000 habitants.


Odessa est à l'origine un port, encore aujourd'hui il est ultra-moderne et d'importance, les bâtiments de la vieille ville témoignent de la gloire passée, opéra, musées, vieux immeubles, grandes bâtisses, l'architecture est très influencée par les styles français et italiens, et n'a pas été trop endommagée par le XXème siècle.


La statue, taille réelle, du Duc de Richelieu, trône face au port, en haut de l'Escalier Potemkine, de 142m de long, qui doit son nom à la révolte du cuirassé Potemkine en 1905 dans le port d'Odessa.

Cet escalier, aussi appelé Escalier Richelieu, construit entre 1835 et 1840, est le symbole de la ville, qui la reliait à son port, au bas de la colline.

Une histoire mouvementée parfois, riche, que l'on ressent en arpentant les agréables rues pavées et ombragées du centre, les jardins, les parcs, les belles façades d'immeubles.

Les églises orthodoxes aux bulbes argentés, les bâtiments de style latin, les colonnades et pierres de taille illustrent cette histoire d'une ville au carrefour de différentes civilisations, influencée par d'autres, et qui a gardé un peu de chacune.

Un canon pris aux anglais trône sur une petite place, une girouette en forme de bateau, sous laquelle sont listés les plus grands ports du Monde, partenaires historiques d'Odessa, rappelle la grande histoire portuaire de la ville, Marseille, Tokyo, Valparaiso, Liverpool, etc.


Dans les rues, que l'on pourrait croire celles d'une ville bien plus occidentale, les terrasses de cafés, les parcs, les peintres de rue, les brocantes, les petits marchés, les rues piétonnes, les musiciens de rue, et les beaux immeubles en font une ville bien agréable.

Nous tombons sur un passage couvert, finement sculpté, une verrière recouvre cette allée intérieure, dallée, où quelques magasins et cafés résonnent des bruits des passants.

Un kebab et nous repartons, profitons des derniers rayons du soleil sur la plage.


Plage égale à elle-même, on y déguste de chimiques beignets, petits et grands creusent le sable, à la recherche peut-être d'un pipeline russe.

Le soir tombe, nous nous enfilons notre énième kebab chez nos amis arméniens, et rentrons nous coucher, déplaçons notre tente et lisons à la lueur de la bougie.


07.07.07


Il fouette, il siffle, les cordes claquent, elles se déchirent les feuilles, sur la course du vent.

La tempête fait rage ce matin.

Notre tente solidement fixée au sol se débat avec le vent qui souffle sa colère sur Odessa.

Réveil mouvementé, l'orage accompagne le vent, les éclairs zèbrent le ciel, les arbres plient, et quelques heures après, le calme revient, les nuages passent, et laissent place au soleil.

La plage vide au matin, encore humide, se repeuple lentement, nous prenons le soleil, un dernier bain pour moi, et partons à la gare.


Il es 16h, dans les confortables sièges de la salle d'attente, nous attendons notre train pour Prague, via Ouzhogorod, près de Lvov, à la frontière Polonaise.

17h, nous sommes dans le train, il ne restait, malheureusement, que des places première classe, « SV », un compartiment fermé, trois couchettes du même coté, perpendiculaires à la voie, une petite table, une grande fenêtre, une épaisse moquette, le tout climatisé, éclairé, douillet.

Nous n'en demandions pas tant, mais ne sommes finalement pas mécontents.

Notre compagne de voyage, une hollandaise qui habite à Ostrava, en République Tchèque, nous offre sandwich au saucisson et tomates, puis nous terminons avec nos réserves, pain, nutella, céréales.


Nous filons au Nord Ouest, vers Ouzhogorod, où nous changerons de train, pour arriver en Europe, par la Pologne, direction Prague, où nous devrions arriver demain 8 août, aux environs de 7h du matin.

Nous nous apprêtons à quitter l'Ukraine, Kiev nous a replongé dans un bain un peu, très européen même, Odessa nous a offert sa Mer, son soleil, ses plages, ses belles rues, nous repartons 1500km plus à l'Ouest, contents de ces étapes ukrainiennes.

Les ukrainiens que nous avons rencontrés, à l'aéroport, dans les taxis, autour d'un table, dans les trains ou sur la plage, tous nous ont accueillis d'une façon unique, chaleureuse, naturelle et sincère.

L'Ukraine est extrêmement euro-enthousiaste, le Parlement affiche d'immenses drapeaux, ukrainien et européen, sur sa façade, et les kiévois se considèrent complètement européens, trouvant scandaleux qu'on traite l'Ukraine comme la Turquie, voire pire encore.

Et Svetlana n'a pas caché sa joie quand, à sa question « Vous sentez-vous comme des étrangers en Ukraine ? », je répondis par la négative absolue, tant il est vrai que l'Ukraine est européenne, que son histoire est celle de l'Europe, et tant ses habitants, quand ils ne vous prennent pas pour un des leurs en vous demandant, en russe ou en ukrainien, leur chemin dans Kiev ou à Odessa, vous accueillent comme des voisins en visite, tout simplement.

Nous avons passé à peine une semaine en Ukraine, elle fut intense, et nous entrons dès ce soir dans l'Europe politique.


08.07.07.


Bon anniversaire Maman !


Nous avons mal compris notre voisine battavo-tchèque, coach d'aérobic à Ostrava, nous pensions arriver à Prague ce matin à 7h, mais voilà que nous apprenons que nous sommes toujours en Ukraine (!), et que nous arriverons en fait demain matin à 7h.

Deux heures de pause à la frontière polonaise, puis 7h de pause à Cracovie sont prévues aujourd'hui, qui justifient cette folle durée de voyage.


Il est 16h, nous sommes à l'arrêt au bout de la gare de Cracovie, et notre train ne repart qu'à 22h !

Nous nous sommes arrêtés vers 10h dans une ville frontière polonaise, nous y avons déjeuné, marché dans les rues pavées de son vieux centre, et nous voilà à 3km des quais de la gare de Cracovie, sur la voie, à seulement 400km de Prague.

Nous attendons dans notre wagon trop chaud, désoeuvrés, qu'une locomotive veuille bien nous accrocher, et nous emmener à Prague.

Nous avons croisé, lors de notre premier arrêt, Simon et sa copine, français que nous avions rencontrés à Kiev au meeting couch-surfing, ils étaient à Odessa, et on pris le même train que nous, ils ont cependant la chance de descendre définitivement à Cracovie, pendant que nous poirotons.

Odessa

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